L’obsession du temps réel a la peau dure…


Rien de tel que l’encadré « direct » pour pimenter votre programme télévisé préféré. Nous l’observons, nous le tenons des journalistes eux-mêmes, ce mot d’ordre qui veut que priorité soit donnée au direct. Le temps réel, la simultanéité, l’instantanéité, quoi de mieux pour enchaîner l’auditeur et le (télé)spectateur ?

Sur la seule TNT, deux chaînes sont consacrées à l’information à toute heure du jour ou de la nuit et en temps réel. Résultat : les analystes n’arrivent à l’antenne que lorsqu’il n’y a plus rien de nouveau, c’est-à-dire jamais, en pleine journée. Et ce n’est pas vraiment au vingt heures des grandes chaînes que l’on trouvera davantage à se mettre sous la dent. Autre exemple : les réseaux sociaux comme Twitter, qui porte bien haut les couleurs du live.

Il est navrant de constater que les médias de masse que sont la télévision, la radio et les réseaux sociaux – avec une mention spéciale pour le petit écran – ne se sentent plus contraints d’effectuer ce travail d’analyse. Reste la presse, peut-être la seule à proposer un véritable recul et un décryptage de l’information. C’est le support même qui l’oblige : que le papier soit à ce point salvateur, c’est bon à savoir… Mais là encore, une barrière se pose : de par son prix, on ne peut plus affirmer que la presse est un média de masse au même titre que ses petites sœurs évoquées précédemment.

Et nous, pauvres hères du monde moderne, nous cautionnons ce culte du temps réel. L’engrenage dans lequel nous nous engageons n’est donc aucunement étonnant.

Pourtant, nous observons aussi que rien ne vaut un brin de recul sur les évènements : sinon, pourquoi les programmes d’ « analyse » comme Complément d’enquête ou A première vue seraient-ils à ce point prisés ? On l’évoquait déjà il y a quelque temps, cette absence latente de recul sur l’information contraint le spectateur/auditeur à réaliser lui-même ce travail d’analyse quand, bien souvent, il ne possède pas les compétences nécessaires. Voilà qui conduit tout droit aux conversations de comptoir et autres joyeusetés.

Ah ! Il est délicat aujourd’hui de garder la tête hors de l’eau face à ce flot d’informations qui nous assaille. Peut-être aurions-nous dû soutenir France Soir et tous ces titres en faillite faute de clients. En attendant, ce n’est pas sur France Télévisions qu’il faut chercher la solution.

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2 Commentaires

Classé dans Analyses

2 réponses à “L’obsession du temps réel a la peau dure…

  1. Tu touches un point sensible : l’instantanéité de l’information tend effectivement à transformer en profondeur le travail journalistique. Le quatrième pouvoir, dont la mission principale consiste à décrypter et contextualiser, se fourvoie toujours plus, principalement en raison du volume de faits à traiter et de la nécessité de « coller à l’actu » à l’heure où, sur Internet, les contenus coulent à larges flots sans discontinuer. Il serait peut-être temps de réinventer ce métier pourtant si noble.

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