Un débat s’achève, un autre naît…


Nous voici donc parvenus à la fin de cet échange plutôt explosif. Les épisodes précédents ici, , et . Bonne lecture !

J’en profite pour faire une petite annonce : en effet, je suis à la recherche de contributeurs tels que Jonathan Fanara, pour une chronique à quatre mains, un échange d’idées ponctuel ou régulier, ou toute initiative qui vous séduirait. Vous savez où me trouver…

J. F. : J’apprécie la métaphore que tu emploies : « Quelqu’un qui trouve sa maison trop sombre fera percer des fenêtres, nul besoin de la raser. »  Je suis d’accord avec toi. Et je pense que les partis dits « républicains » n’ont jamais aspiré à détricoter « gratuitement » l’action de leurs prédécesseurs. Mais mettre en œuvre une politique cohérente suppose parfois de faire marche arrière et de revenir sur certaines réformes jugées inconciliables avec la conception de la France que l’on défend.

Au contraire : la France est un pays qui organise des scrutins pratiquement chaque année, ce qui permet, à intervalles réguliers, aux électeurs de sanctionner l’exécutif s’ils le souhaitent. Dans un régime démocratique, cela constitue tout de même le levier le plus efficace qui soit. Il existe par ailleurs une Cour de justice, un Conseil constitutionnel, une Cour des comptes, la possibilité de proposer des motions de censure ou une procédure de destitution. Cela encadre quelque peu le champ d’action dont le président de la République peut se prévaloir. Quant au pouvoir américain, il ferait plutôt figure de contre-exemple absolu. Avec les prérogatives dont bénéficient les États, le Congrès et la Cour suprême, le gouvernement états-unien marche constamment sur des œufs. Regarde le chemin de croix de Chuck Hagel pour obtenir la confirmation au Sénat. Ou le scandale de l’IRS, révélé par une presse toute-puissante, qui vient frapper de plein fouet l’administration Obama. Et je ne parle même pas de la Constitution, qui chante les louanges de la liberté individuelle – contre l’action publique évidemment – à chaque amendement !  Le président américain devient par ailleurs un lame duck dès l’entame de son second mandat…  Tu évoques une forme de régime qui donnerait un pouvoir fort  à cet exécutif (français), comme c’est le cas aux États-Unis. Tu ne pouvais pas faire davantage fausse route : le Président français, chef des armées, à qui revient le volet décisionnel, est celui qui concentre le plus de pouvoir dans le monde occidental et, plus généralement, dans tous les pays développés.

La volonté est un processus psychologique individuel. Voilà pourquoi je parle d’hérésie. C’est juste un détail (qui n’a rien à voir avec le débat initial). Ta phrase originelle (« Il ne faut pas oublier qu’un parti politique doit se faire en toutes circonstances l’expression de la volonté générale ») renvoyait sans doute à la notion d’intérêt général, tout simplement.

LLF : Il y a bien de la marge avant l’inconciliabilité (tu as trouvé le mot que je cherchais)… Je vois que nous sommes au moins d’accord sur un point.

Ce que j’entends par pouvoir exécutif fort, c’est simplement : plus fort qu’aujourd’hui. La plupart des pays européens ont un régime parlementaire, et c’est pour cette raison que le Président français est le dirigeant européen qui, comme tu le soulignes, concentre le plus de pouvoir. Cependant, dans l’absolu, il faut noter que la France a un régime hybride (semi-présidentiel), qui veut concilier les avantages des régimes présidentiel et parlementaire, sans en subir les inconvénients. Certes, cet objectif est atteint, mais on observe des désavantages spécifiques à cette forme de régime. De même, les Français ont beau voter chaque année, il est clair que la participation aux différents scrutins varie du simple au triple… En résumé, le citoyen lambda vote plutôt une fois tous les deux-trois ans, ce qui est à mon avis insuffisant pour un mandat présidentiel de cinq ans. Mais là, on touche à un autre écueil qui est celui de la participation électorale.

La particularité des États-Unis est de conjuguer régime présidentiel et État fédéral. Résultat : des contre-pouvoirs forts, le pouvoir réel du Président s’en trouve amoindri ; je partage ton point de vue sur ce point. Toutefois, permets-moi d’ajouter que ces contre-pouvoirs ne sont présents en France que sous forme de régions, départements et autres collectivités territoriales (sans parler de la société civile), dont le pouvoir comparé à celui de l’État est bien plus faible que celui des États fédérés étasuniens.

Restons-en là pour la volonté générale, si tu le veux bien, et réservons cette question pour une prochaine fois, je pense que nous aurions tout autant à écrire.

Je pense que nous pouvons esquisser une conclusion à l’issue de ces échanges plus que constructifs. Des objectifs communs et la représentativité, voilà ce qui rassemble les partis politiques et qui peut parfois faire oublier qu’ils sont des organisations tout à fait particulières, émaillées de sensibilités qui leur sont propres, comme il est possible de l’observer au Parlement. Dans tous les cas, cette pluralité politique est indispensable au phénomène d’alternance, qui est propre aux régimes démocratiques. Mais cette alternance doit s’exercer au profit d’une avancée républicaine et jamais au nom de la victoire d’une idéologie sur une autre.
Cette alternance est donc le cœur de la République, et plus spécifiquement de la cinquième République. Pourtant, les obstacles y sont nombreux, dont le plus dangereux est peut-être la désillusion qui menace la vie politique : désenchantement des citoyens face au politique, dénaturation de la politique par les hommes politiques eux-mêmes, diminution de la participation aux scrutins… Autant d’éléments qui sont susceptibles d’être le grain de sable dans l’engrenage, mais sur lesquels chacun peut agir à son échelle.

Je te remercie, Jonathan, pour cette belle discussion. A bientôt, je le souhaite, sur un autre thème !

Publicités

Poster un commentaire

Classé dans Analyses, Débats

Poster ma réaction

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s