L’éternel débat, pour changer (3/4)


Troisième partie, sur les quatre annoncées, du débat commencé il y a maintenant deux semaines. N’hésitez pas à vous remémorer les premiers arguments/coups de revolver ici, et . Bonne lecture !

J. F. : 1) « Qui place l’égalité avant toute chose se retrouvera sans doute davantage à gauche, alors que celui qui prône le respect et l’effort s’identifiera à la droite. » Je dois t’avouer ma perplexité face à cette affirmation un peu sortie de nulle part. D’abord parce que les valeurs d’égalité, de respect et d’effort n’appartiennent à personne – et surtout pas à des partis politiques – et, ensuite, parce qu’elles couvrent un large spectre que l’on ne peut en aucun cas schématiser. De quel respect parle-t-on ? Celui de la Constitution, du dialogue social, de l’autorité publique ? De quelle égalité ? Celle qui touche à la justice, aux droits, aux rapports hommes/femmes, à la répartition des richesses ? Toutes ces notions se déclinant à l’infini, comment en faire l’apanage d’un parti au détriment des autres ? « Il ne faut pas oublier qu’un parti politique doit se faire en toutes circonstances l’expression de la volonté générale. » Encore une fois, je dois m’inscrire en faux. La volonté générale n’existe pas. C’est une chimère et une hérésie psychologique (la volonté est individuelle), contrairement à l’intérêt général. Mais je suppose que c’est là que tu voulais en venir (?).

2) L’UMPS ? Je n’accorde aucun crédit à cet écran de fumée inlassablement rabâché par le FN. Il s’agit tout au plus d’une création de l’esprit initiée par les idéologues frontistes. Si l’UMP et le PS se confondaient tant, comment expliquer cette radicalisation des discours, ces divergences toujours plus profondes ?  Cette perte de repères citoyenne, c’est le chiffon rouge que l’on agite, accompagné de quelques coups de menton, pour décrédibiliser les institutions républicaines, avec le résultat que l’on sait : les extrêmes rassemblent désormais plus d’un électeur français sur trois. Que fais-tu des votes à l’Assemblée nationale, qui indiquent des sensibilités à tout le moins contrastées ? Du vent ? Faudrait-il alors réinventer la Vème République ?

3) Revenir sur une réforme que l’on juge mal pensée, peu efficiente ou contre-productive ne signifie pas forcément revenir en arrière. Il peut même s’agir d’un grand bond en avant. L’Islande a récemment réécrit sa Constitution. Qui va s’en plaindre ? La Suède d’Olof Palme a amorcé des réformes d’envergure et fait aujourd’hui figure de modèle dans bon nombre de domaines. Faut-il le regretter ? Par ailleurs, tu conviendras que c’est improbable (paradoxal ?) de dénoncer l’UMPS pour ensuite pointer du doigt un exécutif qui décide de repenser l’architecture socioéconomique mise en œuvre par ses prédécesseurs. Et pourtant, tu prétends : « Aucun clivage, aucune divergence idéologique ne peut justifier cela ! » En l’occurrence, je considère que François Hollande, puisque c’est de lui dont il s’agit, se contente de concrétiser des pans entiers de son programme, qui supposent (parfois) de revenir sur l’héritage de Nicolas Sarkozy. Le déplorer, c’est défendre le degré zéro de la démocratie.

LLF : Je commence par répondre au dernier point. Repenser, comme tu dis, n’implique pas forcément la destruction : quelqu’un qui trouve sa maison trop sombre fera percer des fenêtres, nul besoin de la raser. Pour ce qui est de l’UMPS, je l’ai simplement cité en exemple, en aucun cas je ne cautionne ce genre de pensée (tu as pu lire que je ne porte pas les extrêmes dans mon cœur). Quant à François Hollande, évidemment qu’il cherche à mettre en œuvre son programme ! Ce serait inquiétant sinon…Tu as certainement mal compris mon propos, je l’ai peut-être aussi mal exprimé. Bien sûr, l’alternance est nécessaire et ne peut être efficiente que si elle implique la mise en œuvre de moyens nouveaux pour arriver à une même fin. Ce qui me pose problème, c’est de détruire ce qui a été accompli jusqu’ici pour coller à une idéologie ou tout simplement pour dénigrer l’autre, car si telle ou telle mesure, réforme a été effectivement mise en place, c’est qu’elle avait un sens réel. Tant qu’il est possible de le faire, je pense qu’il est préférable de construire avec ce qui a déjà été fait, que ce soit pour prolonger ou pour rectifier le tir.

Réinventer la cinquième République ? Ce serait une bonne chose, de mon point de vue, mais pas au sens où tu l’entends. Le problème du système démocratique actuel, c’est qu’il  est plutôt difficile de sanctionner l’exécutif. Si l’on veut poursuivre dans cette voie, mieux vaudrait basculer entièrement dans une forme de régime qui donnerait un pouvoir fort  à cet exécutif, comme c’est le cas aux États-Unis. Ou – et  alors, rétablir la possibilité d’une cohabitation : d’accord, éliminer ce risque offre une certaine stabilité politique, mais il était la seule appréciation que l’on pouvait donner d’un gouvernement au beau milieu d’un mandat. Que nous reste-t-il ? Les sondages et le JT. C’est peu. Mais la pluralité politique serait évidemment à conserver, même si les différences entre les politiques proposées par les partis. L’exemple le plus flagrant en était les programmes pour l’élection présidentielle de 2007 : entre les gauches extrêmes, entre les droites extrêmes, entre centre et droite et entre centre et gauche. Bref, les frontières étaient plutôt floues.

Je termine sur les valeurs et les partis politiques. Ma phrase est sans conteste un beau stéréotype sur l’identification partisane – et pourtant, j’ai horreur des clichés. Disons que c’en est un grossier dessin, qui est tout de même compréhensible par tous, et c’est la raison pour laquelle je l’ai utilisé. Comme tu le dis, ces valeurs comme le respect ou l’égalité couvrent un champ si vaste qu’il est parfois difficile de les définir. Il serait peut-être juste de considérer leur sens premier, théorique, leur simple définition. Ensuite, comme il est impossible de « répartir » ces valeurs entre différents partis, j’effectuerais ma typologie en leur accordant une sensibilité graduée à chaque valeur -et ainsi, avoir une idée des grandes orientations de chacun.

Par contre, je maintiens solidement l’expression de volonté générale. « La volonté générale n’existe pas », dis-tu, « c’est une chimère et une hérésie psychologique ». Qu’est-ce donc que le résultat d’une élection, sinon l’expression de la volonté générale ? Celle-ci est alors à comprendre comme la somme des volontés individuelles, mais elle existe, en soi, bel et bien : sans une et une seule volonté découlant d’un accord collectif (explicite ou tacite), il est tout bonnement impossible de faire société. La volonté générale, c’est pour moi la capacité à se mettre d’accord en tant qu’unique force de décision ; mais elle ne demande pas pour autant l’abandon (de l’expression) des volontés individuelles. Qu’as-tu voulu dire par « hérésie psychologique » ?

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Classé dans Analyses, Débats

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