Est-ce bien raisonnable… de faire preuve de tact ?


En toutes circonstances, on nous abrutit avec la même obsession, celle de la délicatesse. Certains diront que je me défends ici, mais, si cette délicatesse inspire de très bons (titres de) romans et films, il en va autrement dans la vie de monsieur-tout-le-monde.

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Le film de Foenkinos, d’après son propre roman du même nom

Et encore, j’utilise ce mot de délicatesse. Parce que tact, qu’on se le dise une bonne fois pour toutes, c’est le mot qui ne veut rien dire par excellence. Enfin, bien sûr, tact dans le sens de toucher, donc l’art de toucher, et cætera. Mais approximativement 89% de la population l’emploient sans connaître sa signification ni son origine – pas la peine, c’est tendance : rien que pour cette raison, il mériterait, à mon sens, d’être radié du Petit Robert.

Venons-en au fond maintenant. Le tact, c’est bien joli, mais c’est une stupide et immense (ou stupidement immense, ou encore immensément stupide, c’est selon) perte de temps.

Application. Vous êtes urgentiste, et vous devez prononcer devant madame Michu la simple petite phrase suivante : « Votre mari est décédé. » On mettra de côté la dimension tragique de l’évènement, qui ne nous sert strictement à rien. Bref, comment allez-vous le formuler ? Sans tact, c’est facile : quatre petits mots, un fleuve de larmes au rez-de-chaussée de l’hôpital, et l’on n’en parle plus.

Mais avec ce souci de formulation supplémentaire, vous multipliez considérablement les paramètres : direz-vous « votre mari » (personnel) ou « monsieur Michu » (trop froid) ? Quant à son état, tout sauf urgent désormais, le déclarerez-vous « mort » (tragique et froid – ironie du sort), « décédé », « parti », « péri », « disparu » ? Ou bien, il pourrait simplement « n’avoir pas survécu ». Quel casse-tête, n’est-ce pas ?

Résultat : le temps que vous réfléchissiez aux mots à utiliser, vous laissez le silence s’installer ; ce fameux silence qui fait clairement comprendre à la pauvre ménagère que son mari ne va pas bien, mais alors pas du tout… Si ce n’est pas davantage manquer de tact, ça. Et encore, il n’y a que quatre malheureux petits mots.

Voyez donc à quel point le manque de tact, la franchise, le franc-parler, la rigueur, la spontanéité, l’honnêteté font gagner en temps et en simplicité. Plus besoin de se faire des nœuds au cerveau pour des affaires sans importance ! Autre avantage, vous opérerez ainsi très rapidement et sans effort un tri parmi vos amis. Vous éloignerez de vous les fameuses groupies, dans une certaine mesure, et les pauvres hères en quête de reconnaissance.

Alors, convaincu ? Adoptez la recette LLF. Avec lalignefranche, j’élimine les mauvaises herbes ! Aucun effet secondaire à déplorer. Simple et pratique, c’est LE kärcher social inégalé… Satisfaction garantie !

Aucun effet indésirable, dites-vous ? Extrêmement corrosif et toxique. Nocif pour l’environnement si employé à trop fortes doses. Hé oui ! Simplement, les bonnes pousses risquent de partir avec la mauvaise herbe…

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5 Commentaires

Classé dans Détente !, Est-ce bien raisonnable...

5 réponses à “Est-ce bien raisonnable… de faire preuve de tact ?

  1. C’est tellement vrai, j’adore ! Qu’es-ce qu’on peut perdre comme temps par moment 🙂

  2. ZTE 4

    La ligne droite est certes le plus court chemin pour aller d’un point à un autre (donc d’un émetteur à un destinataire).
    Toutefois votre billet m’inspire 2 remarques à chaud :
    – l’exemple choisi pour votre application me met mal à l’aise, surtout quand vous complétez par « Plus besoin de se faire des noeuds au cerveau pour des affaires sans importance. »
    – faire preuve de tact, ce peut-être choisir le mot ou l’expression les plus appropriés à une situation, d’une certaine manière faire fructifier notre capital vocabulaire, qui si l’on n’y prend garde est condamné à fondre comme neige au soleil. Le langage étant le support de la pensée, nous avons tout intérêt à le conserver et à l’utiliser dans toutes ses nuances. Voyons donc le tact comme un exercice salvateur !

  3. A ne pas confondre tact et hypocrisie. Certaines personnes manquent de tact dû à un défaut de sensibilité et de nuance dans les paroles. Et le tact c’est justement cette nuance apportée aux mots selon la situation. La langue française nous a apporté mille et une façons d’exprimer la même idée, mais par les nuances de la langue, l’on peut sculpter et affiner cette idée, pour que la personne à qui l’on parle, puisse saisir la justesse de la parole. Le tact, c’est la pointe et le tranchant de notre langue.
    Je pense que les personnes n’ayant pas de tact, sont uniquement les personnes n’ayant pas de sensibilité ou n’ayant une assez bonne maîtrise de la langue. Vous avez utilisé la comparaison de l’urgentiste, certes dans les milieux médicaux, la science et l’efficience du soin sont les principaux objectifs des médecins, mais le meilleur des médecins à mon avis, sera celui qui aura un réel dialogue avec le patient. Par exemple, l’oncologue qui aura accompagné un couple pendant 2 ans, dont l’un des partenaire va mourir, le médecin n’annoncera pas le décès du patient comme celui d’un chien, mais comme celui d’un homme à qui l’on devra un respect inaliénable.
    C’est ainsi que je perçois le tact, comme une justesse de parole, et non comme un superflus de mots.

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