Débat : « Est-il réellement opportun de distinguer droite et gauche en politique ? »


Par lalignefranche et Jonathan Fanara

En raison de sa (très, très grande) longueur, cet échange sera publié en trois fois, à raison d’un extrait par semaine. Chaque extrait comprendra une intervention de Jonathan et ma réponse. J’en profite pour le remercier vivement et je vous invite à visiter son blog : sans sa profondeur de réflexion ni sa finesse d’écriture (ni le fait qu’il a accepté une collaboration), ce débat n’aurait pas vu le jour aussi rapidement.

Je souhaite que vous preniez autant de plaisir et d’intérêt à le lire que nous, à échanger. Bonne lecture, n’hésitez pas à réagir !

Jonathan Fanara : Pour commencer, je propose de baliser le débat. Les contextes politiques n’étant pas interchangeables, il convient d’inscrire notre réflexion dans un pays et une époque bien identifiés. Je n’évoquerai donc, dans un premier temps, que le paysage politique français contemporain.

Ceci dit, rentrons dans le cœur du débat. Convient-il de distinguer gauche et droite ?  C’est en grande partie la logique des partis qui suppose cette distinction, laquelle s’étend de l’extrême-gauche à l’extrême-droite. Et comme d’aucuns ont pu le constater récemment avec le mariage pour tous, certains clivages demeurent saillants, justifiant d’autant plus cette ligne de démarcation, bien que parfois floue. Même si l’on s’en tient aux formations dites « modérées », ou « républicaines », les conceptions sociétales et économiques divergent encore fortement. Sur tous les sujets, ou presque, gauche et droite défendent des projets à tout le moins différents. Cela touche tant les réformes relatives à la justice, que les politiques sociales ou la répartition de l’effort fiscal.

Certains, prétextant une supposée toute-puissance européenne, considèrent que tous les partis se confondent désormais – qu’ils mènent la même politique, en gros. Ce lieu commun, largement répandu, ne supporte pas l’épreuve des faits. La vérité, c’est que tout parti, lorsqu’il accède au pouvoir, se doit de respecter les traités ratifiés par les gouvernements antérieurs. Il s’agit là de faire montre d’un minimum de cohérence, sans quoi la confiance entre partenaires s’éroderait considérablement. Mais cette observation stricte de la parole donnée n’empêche en aucun cas les dirigeants de mettre en œuvre des réformes diamétralement opposées à celles de leurs prédécesseurs, s’ils le souhaitent. Si tant est, encore une fois, que les traités soient dûment respectés. Réduire l’intervention publique française à l’entérinement des décisions communautaires et à l’incrémentalisme constitue au mieux une erreur de jugement, au pire un mensonge éhonté.

« Gauche » et « droite » sont des notions relativement abstraites, qui s’inscrivent dans un lieu et une époque. Elles évoluent au fil du temps, mais restent indispensables à la lisibilité du fait politique. On peut s’engager dans une bataille sémantique et arguer de leur acception toute relative, mais tant qu’il y aura des divergences de vues entre partis, il faudra un vocabulaire ad hoc pour les synthétiser.

Lalignefranche : Le cœur du débat n’est pas tant, à mon avis, sur la question européenne que sur la scène politique française en elle-même. En effet, c’est essentiellement sa lisibilité pour le citoyen ordinaire qui est en jeu. En ce sens, opposer de manière un peu manichéenne deux idées politiques offre un repère clair qui est nécessaire au bon fonctionnement de la vie politique.

Toutefois, il est possible d’observer une convergence fondamentale entre gauche et droite ; c’est elle, sans doute, qui amène cette question de la pertinence du clivage. Elle a notamment été soulignée par Alain Juppé, selon lequel il n’y aurait qu’une « feuille de papier à cigarette » entre les deux camps. Car, avant tout, les partis politiques sont mus par les mêmes principes : un humanisme et une aspiration à la grandeur de la Nation. En mettant cette conception à l’épreuve, elle apparaît relativement pertinente : Front de Gauche ou MoDem, les deux partis défendent ce qu’ils pensent être le meilleur pour l’humain, et une idée de la France comme d’une nation unie et forte à l’échelle internationale.

La pierre d’angle de cette opposition ne serait donc pas tant les objectifs défendus que les moyens à mettre en œuvre pour les atteindre. Un exemple : là où certains proposeront d’accorder davantage de prérogatives au marché, d’autres préfèreront soutenir la demande et encadrer les acteurs économiques… Tout cela dans un même but, la croissance.

Quant aux conceptions sociétales que tu évoques, entre autres avec le débat sur le mariage pour tous, elles ne sont pas déterminées par l’appartenance politique ; ce serait même peut-être le contraire, mais nous aurons certainement l’occasion d’y revenir plus tard.

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