Elucubration sur la bien-pensance et l’instinct grégaire


Quoi de plus affreux pour la raison que d’être pénalisé par une simple divergence d’opinion ? Que ces manières sont détestables !

Une fois pour toutes, il faudrait songer à bien distinguer hiérarchie et convictions : ce n’est pas parce que le chef est chef qu’il a nécessairement, davantage raison. On peut être prince et stupide, c’est avéré -aucune allusion implicite à l’actualité, rassurez-vous… je n’oserais pas. De la même manière, si la majorité -même remarque, mais là, je le pense- croit que telle décision est bonne à prendre, ce n’est pas, pour autant, elle qui détient le monopole du sens des réalités. On peut très bien être cent mille à déraper dans le même fossé.

Un exemple qui, c’est vrai, date un peu : les moutons de Panurge, représentatifs jusqu’à l’excellence de l’instinct grégaire. Inutile de rappeler l’anecdote, on se souvient du résultat.

Entre autres, c’est pour moi le problème majeur que pose une démocratie, à savoir qu’il est impossible d’orienter la foule des citoyens dans ce qui nous semble être la bonne direction (électorale). Encore heureux, me direz-vous. Mais alors, comment empêcher un pays de sombrer dans l’abîme ? Bref, revenons de plus près sur ce qui nous intéresse.

Là où une coutume comme celle-ci devient gênante, c’est lorsqu’elle se pratique aux dépens des minorités : décrédibilisée, leur parole perd sa valeur intrinsèque et celle qu’elle aurait pu représenter comme contre-pouvoir, par exemple, du moins comme force d’opposition efficace. Et elle pose sérieusement problème dès que cette pensée de la majorité est érigée en véritable dogme, si ce n’est phare pour la société. On pensera, par exemple, à la pression du groupe sur ses membres.

Ce que j’écris ici peut sembler trop abstrait et théorique. Pour autant, cette réflexion n’est en rien déconnectée du réel. Vous n’êtes pas encore convaincu ? Un dernier exemple, alors, qui illustre bien la question.

Vous connaissez -ou avez sans doute connu- le supplice du tableau. Je parle de supplice quand on sue à grosses gouttes sans savoir quoi répondre. Là-dessus, une étude a été menée, qui affirme que plus de 30% des élèves interrogés, en difficulté ou non (!), donnent au professeur la réponse qui leur a été soufflée par la classe, même si c’est une pure aberration (- Combien de côtés un triangle a-t-il ?4).

Imaginez alors ce qu’une situation comme celle-ci donnerait à un entretien d’embauche, où cette réponse éliminatoire serait imposée par le recruteur lui-même ! Voilà pourquoi la bien-pensance, déjà dangereuse en elle-même, le devient encore davantage si elle est portée par une personne qui vous est supérieure moralement ou hiérarchiquement.

Pour conclure, donc, un appel humain et presque humanitaire par les temps qui courent : en toutes circonstances, surtout, pensons par nous-mêmes et ne laissons personne diriger nos pensées.

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