Cleveland : comment la peur réunit des voisins qui n’avaient aucune envie de faire un barbecue ensemble


Vous avez eu vent de cette affaire, n’est-ce pas ? Si, les trois jeunes femmes séquestrées et violées par trois frères pendant dix ans -énorme raccourci, mais qu’importe.

Avant que l’on m’accuse d’être totalement insensible au malheur de ces malheureuses, je mets les choses au point. Oui, c’est atroce. Non, personne ne devrait pouvoir faire une telle chose en toute impunité. Oui, cet homme mérite la peine maximale.

Maintenant, venons-en au point qui me préoccupe. Vous avez certainement remarqué les centaines de bougies devant les domiciles des victimes, les dizaines de bouquets de fleurs, les ballons accrochés aux portes pour les accueillir… J’en passe. Vous avez certainement remarqué aussi les badauds qui se pressent devant la « scène de crime », pour parler ainsi, comme dans la queue pour le train fantôme – ou la maison hantée, qui semble plus appropriée dans ce cas précis.

Si ça n'a pas des allures de fête foraine...

Si ça n’a pas des allures de fête foraine…

C’est tout de même fou que, dans ce contexte, les riverains ne se barricadent pas chez eux à l’américaine. Qui sait, peut-être qu’un autre délinquant sexuel sévit dans le quartier. Au contraire, on observait des scènes de communion devant cette maison. Chacun y allait de son grain de sel. De vraies commères. On éludera le si commun « on vivait à trois maisons d’ici et on ne s’est aperçu de rien », tout comme son contrepied « je savais bien qu’il était louche, ce type » qui prouvent seulement que l’âme humaine veut sa part de reconnaissance dans ce qui ne la concerne absolument pas.

Vraiment, c’est dans un fait divers comme celui-ci que l’on peut constater à quel point la peur rassemble la population. De deux façons à la fois, l’une plus malsaine que l’autre : d’abord, ce sentiment factice de sécurité, inspiré à tous par le classique « et si c’était moi » ; ensuite, cette petite dose d’adrénaline et cette impression de regarder un bon thriller (dans la même veine que le syndrome du train fantôme évoqué précédemment).

Et ce besoin irrépressible de partager son soulagement, sur le lieu même du drame, n’est rien d’autre qu’un gigantesque pied-de-nez adressé à la peur présente dans tous les cœurs à cet instant précis, toujours dans le but de l’exorciser. Comme marcher tout au bord d’une falaise pendant quelques secondes, un jour de grand vent.

On pourrait disserter encore un certain temps sur le pouvoir que la peur exerce sur les individus. Mais ici, elle aura au moins eu un effet bénéfique sur ce quartier de Cleveland, puisque c’est elle qui réunit les habitants dans une sorte de grande Fête des voisins. Et c’est d’autant plus approprié que, manifestement, ils ne se connaissaient pas.

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