En finir avec la culture de l’enfant prodige (1) – fabliau introductif


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Déjeuner entre amis, dans une jolie maison de banlieue. Au moment de servir le café, en cuisine, l’hôtesse à son bambin de six ans :

« Lapin, et si tu sortais ta flûte ? Ça ferait plaisir à Tatie Jacquotte de t’entendre jouer un petit quelque chose… Allez, allez, va la chercher ! »

Le petit Martin obtempère en râlant un peu. Voilà maman qui annonce son chéri :

« Jacquotte, je crois que Martin voulait te montrer les gros progrès qu’il a fait en musique. C’est qu’il vient de passer ses auditions, il saute une année, il ira directement dans la classe supérieure ! », roucoule-t-elle en couvant des yeux son cher petit.

Le petit met l’arme en bouche et entonne un air ultra-connu. Pas une fausse note, pas un trou de mémoire, c’est que cette petite tête brune serait presque adorable. Dernières notes, Martin reste immobile.

Tonnerre d’applaudissements ! Quelle précocité ! Un vrai petit Mozart ! « Ah, ce n’est certainement pas Nicolas qui en ferait autant… », soupire la Tatie en lançant un coup d’œil désabusé à son fils. « Il faudrait déjà qu’il ait des notes correctes à l’école. »

Et voilà, c’est fait. Sans rien faire, la mère de Martin vient de tuer son amie. En toute modestie, bien sûr. Il a suffi d’un enfant surdoué.

(Pour lire la suite, c’est là que ça se passe…)

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3 Commentaires

Classé dans Ça chauffe !, Critiques

3 réponses à “En finir avec la culture de l’enfant prodige (1) – fabliau introductif

  1. ZTE 4

    Si vous titrez « En finir avec la culture de l’enfant prodige (1) – fabliau introductif » c’est sans doute que vous nous réservez une suite ?
    En attendant cela (non sans une certaine impatience de ma part), voici quelques remarques sur la relation éducateur-éduqué qui me sont venues après vous avoir lu.
    Ce fabliau introductif met en exergue deux comportements caractéristiques de l’éducateur :
    1/ un besoin de reconnaissance vis à vis de ses pairs en plaçant sur un piédestal ce qu’il pense être le fruit de son travail (reconnaissance positive hypocrite vis à vis de l’éduqué)
    2/ un besoin de se dédouaner en cas de non réussite (reconnaissance négative vis à vis de l’éduqué).

    Laisser l’éduqué être, exister par lui-même, se limiter à proposer un chemin, à éclairer la route, éviter tout jugement, renoncer à tirer une quelconque gloire de ses succès, garder à l’esprit qu’il n’est pas un bien que l’on possède, travailler chaque jour à le considérer comme un feu qu’on allume et non comme un vase qu’on remplit… Tel est le challenge quotidien de l’éducateur, qui, s’il compte sur ses seules forces et sa seule ambition, risque bien d’être voué à l’échec, comme l’introduit votre fabliau.
    Pour aller plus loin sur la relation maître-élève / éducateur-éduqué => De Magistro de Saint-Augustin.

    • Votre deuxième point me paraît tout à fait intéressant… De même que « le vase qu’on remplit », pour vous citer, qui ressemble bien au gavage dont parle Montaigne dans ses Essais.

  2. Pingback: En finir avec la culture de l’enfant prodige (2) – péroraison | lalignefranche

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