Mariage gay : le débat en exclusivité, à mettre entre toutes les mains !


Voici le meilleur du débat qui a eu lieu cet après-midi en réaction à l’article de ce blog « Un argumentaire pro-mariage pour tous réfléchi, pour une fois ». Les propos sont livrés tels quels, à vous de créer votre position :

 

T.L. : Le titre est ambitieux mais malheureusement l’article n’apporte rien. Mais vraiment rien. C’est une vague réponse « point par point » aux arguments anti. Rien que cette approche en dit long. Pas de vrais arguments mais une sorte de série de contre-arguments, que l’on entend d’ailleurs à longueur de journée (devrais-je dire de JT ?) sur fond de niaiserie ambiante.

Quand enfin je lis des trucs du genre « N’oublions-nous pas le schéma des familles monoparentales ? Ou encore la loi permettant à un(e) célibataire d’adopter un enfant ? »,  j’ai envie de me marrer. Beaucoup. Ce sont des situations bien loin d’être idéales et contre lesquelles il faut lutter. Ou plus exactement tout mettre en œuvre pour qu’elles se produisent le moins possible.
Bref, rien de neuf en Hollandouillie…

 

Lalignefranche : Je plaide coupable, j’ai choisi le titre. Ce qui me semble important dans cet article, c’est qu’il permet de considérer vraiment la nature des arguments pro-MPT, qui sont trop souvent réduits par les médias aux Femen et à toute la clique LGBT. Or là, nous avons affaire à quelqu’un qui sait ce qu’il défend exactement, et pourquoi il le défend. Ce que je respecte profondément, indépendamment de toute adhérence aux propos qu’il tient.

 

T.L. : C’est justement l’inverse que j’ai tenté de mettre en lumière. Les arguments présentés ne sont que de contres arguments fades et prémâchés.
Je me disais « Chouette, je vais enfin lire quelque chose de constructif, et tant pis si je ne suis pas d’accord ». On m’aura trompé…

 

Lalignefranche : C’est sans doute que vous êtes particulièrement bien informé sur le sujet. Pour ma part, il s’agit d’un des discours pro-MPT les plus posés que j’ai rencontrés jusqu’à présent. Avez-vous consulté le lien qui conclut l’article ? J’aimerais beaucoup lire votre opinion dessus.

Je tiens à préciser aussi que la situation a évolué depuis la publication de cet article, à savoir le 15 février. Entre autres, l’argument « la majorité est contre » n’est plus valable (ou en tout cas, bien plus discutable) : un sondage paru la semaine dernière affirme que 55% des Français sont plutôt défavorables au MPT.

 

V. R. : L’article est pourtant rigoureux, prendre l’argument des opposants et montrer par la justice actuelle que le projet de loi suit une logique. J’aimerais, T., que votre commentaire soit appuyé de citations et que vous rebondissiez sur les arguments de l’article.

 

T. L. : De citations, il n’en est qu’une dans mon précédent laïus. Toutefois, cela ne semble pas suffire. En voilà donc un florilège :
« Car soyons honnêtes avec nous-mêmes, le chemin que suit notre gouvernement se doit de respecter sa devise « Liberté, Egalité, Fraternité » ». Premier sophisme, qui n’apporte (comme tout sophisme) rien du tout. Merci à l’auteur de rappeler l’évidence.
Le fameux « N’oublions-nous pas le schéma des familles monoparentales ? Ou encore la loi permettant à un(e) célibataire d’adopter un enfant ? » que j’évoquais précédemment.

« Et qu’en est-il du droit d’avoir deux pères ou deux mères ? En mettant de côté cet aspect totalement illogique du droit à papa et maman […] » : sans commentaire.
Vous en faut-il d’autres?

 

V.R. : Je vous ai demandé de donner des arguments. En effet, pourquoi aujourd’hui autorise-t-on légalement une personne célibataire à adopter des enfants, alors que l’adoption par un couple homosexuel n’est pas légale, sachant qu’ils pourraient adopter en tant que célibataire, mais les parents n’auraient pas les mêmes droits sur l’enfant, ce qui installerait donc une précarité juridique. Aussi vous dites que le schéma de famille monoparentale doit se produire le moins possible, mais certaines femmes ont la volonté d’éduquer seules leurs enfants, elles ne veulent pas rester avec un homme et élever leurs enfants avec lui. Et pourtant ces enfants sont bien-portants.

 

T. L. : Je prétends que l’adoption par une femme seule (ou un homme seul mais nous savons tous les deux que c’est bien plus rare) n’est pas une bonne chose, en tout les cas plus dans le contexte actuel. Me faut-il rappeler dans quelles conditions est apparue cette loi ? Elle est issue de l’après-guerre, lorsque la France avait à sa charge une foule d’orphelins. Un grand nombre de femmes avait alors perdu leurs maris. Il s’agissait donc de répondre à une situation terrible par un moindre mal : plutôt que de laisser les enfants sans personne, mieux valait leur offrir, à défaut d’une famille complète, une maman.

Toutefois, à notre époque, où les enfants à adopter ne sont pas nombreux, pourquoi faudrait-il continuer à les faire adopter dans une structure intrinsèquement moins forte qu’un couple homme/femme ? À mon sens, donc, l’adoption monoparentale n’a plus lieu d’exister. Mais comme il s’agit d’un « acquis social », on refuse en France de revenir dessus. Fonder donc son raisonnement sur une aberration n’est pas pour moi le signe d’un argumentaire qui tienne la route.

A Lalignefranche : dans cette vidéo, comme dans de nombreuses autres, Mme la Garde des Sceaux tente de nous faire croire que le mariage va changer dans la société la vision sur les homosexuels. Je crie à la supercherie. Le PACS a-t-il changé quoi que ce soit à cet égard ?

 

V. R. : Je comprends votre argumentaire, je vous réponds donc. Vous comprendrez donc que malgré l’état d’urgence post-guerre (et encore, je n’ai pas vu de réel article justifiant que cette loi a été créée après la guerre, car logiquement ce sont les hommes qui vont à la guerre, donc si les pères meurent, il y a toujours les femmes, donc il y aurait peu de réels orphelins…. et cela m’étonnerait qu’une crise de ce genre, en laquelle j’ai du mal à croire, oblige la justice à voter cette loi, enfin bref…) l’Etat a jugé des personnes célibataires, pouvant avoir le responsabilité d’enfants. Or si cette loi est venue dans le contexte que vous décrivez, alors il devrait y avoir actuellement un très grand nombre de nos (arrière) grands-parents élevés par des célibataires et ayant été adoptés… Ce qui m’étonnerait.

Ensuite, l’Etat a donc donné la responsabilité à ces célibataires d’élever des enfants, or voyez-vous bien que notre société actuelle n’est pas détruite par l’adoption des célibataires, donc ces enfants n’ont pas souffert d’avoir un seul parent (souffrance directe). S’il n’y a aucun trouble de l’enfant dans le cas de l’adoption par un célibataire, alors pourquoi ne pas vouloir laisser des homo éduquer un enfant? Aucun trouble psychologique ne serait à attendre.

En effet, la nature veut qu’un homme et une femme procréent. Mais rien ne dit que la nature veut que l’enfant soit élevé par un homme et une femme. Bien que je sois contre l’utilisation d’arguments ayant pour base la « nature », je voudrais vous amener à réfléchir sur la notion d’état civil de l’homme, notamment étudiée par les philosophes Rousseau, Hobbes et Locke.

Comme vous le dites, le PACS n’a rien changé dans la société, c’était un ersatz de mariage, disant « tenez, on vous donne ça, râlez pas, c’est mieux que rien ». La lutte LGBT est ancienne et sachez que les dernières lois discriminantes envers les homosexuels ont été abrogées au 21e siècle.

T. L. : C’est bien connu, dans les guerres, seuls les soldats meurent. C’est la magie de la guerre en somme.
L’Etat a jugé qu’il valait mieux pour un enfant qu’il soit élevé par une personne que par aucune. Point barre. Des exemples de grands-parents élevés par une mère célibataire, il y en a moult, ne vous en déplaise, mais à vrai dire ce n’est pas vraiment le centre du débat.
Que l’adoption par un parent seul n’ai pas détruite notre société ne signifie pas pour autant que cela soit une meilleure situation, ou, a minima, une situation aussi favorable pour l’éducation d’un enfant.
[…] Et puis citer en modèle d’éducation et de pensée en la matière un homme qui abandonne ses propres enfants, c’est faire preuve d’une facétie douteuse…

V. R. : Bien que je ne veuille en aucun cas détruire la famille hétéronormée, qu’est-ce qui vous fait affirmer qu’un enfant élevé par un père et une mère sera meilleur pour l’enfant, que d’être élevé par deux pères ou deux mères? Bien que ce soit le schéma le plus « naturel », ne peut-on pas donner une légitimité aux autres formes de familles, qui comme l’histoire nous l’a démontré (familles monoparentales) n’altèrent en rien l’éducation de l’enfant. Si un couple homoparental élève aussi bien un enfant qu’un couple hétéroparental, quel est l’argument qui empêcherait le couple homoparental de pouvoir adopter un enfant n’ayant plus de famille?

Je vous demande bien, ce qui empêcherait les homo de constituer une famille. Je ne vous demande pas de choix préférentiel entre famille homo et famille hétéro.

T. L. : Rien, en soit ne pourrait empêcher deux homo d’élever des enfants. En fait ce n’est même pas leur qualité d’éducateurs que je remets en cause.

Le fond du problème, c’est la filiation. Tâchons de croire ce que nous dit le gouvernement quant à la GPA/PMA et supposons que ce ne soit pas la suite logique du projet. Supposons également que nous ne soyons pas en France en « pénurie » d’enfant à adopter (ce qui est une bonne chose) parce que ça ne rendrait que plus criant la supercherie. Positionnons nous donc dans la situation où l’adoption est possible en France pour un couple homo. Je ne sais pas quelle sont vos connaissances quant à l’adoption et je vais donc me permette de faire quelques rappels indispensables à la compréhension de ce qui va suivre.

Tout d’abord, il n’existe pas une forme d’adoption, mais deux : simple et plénière. Le première n’implique absolument rien au point de vue filiation et permet la transmission de l’héritage. Toutefois, il est bon de souligner qu’elle n’est pas fiscalement intéressante et que pour cette raison elle n’est jamais utilisée. La seconde quant à elle, a une implication profonde sur la filiation : l’enfant adopté intègre la généalogie des parents qui l’adopte, faisant de lui un enfant légitime et plus aucune différence ne subsisterait entre lui et un enfant que le couple aurait pu avoir par voie naturelle.

Par conséquent, si l’adoption était ouverte au couple homo, l’adoption plénière le serait tout naturellement et l’on pourrait, par la loi, mentir aux enfants sur leur filiation ou plus exactement sur le lien qui pourrait unir deux hommes (ou deux femmes) et un enfant. Ce serait lui mentir en affirmant qu’il aurait pu être leur enfant.
Or dans la construction de la personnalité d’un enfant, on sait comme les origines ont une importance capitale. Tout d’abord parce qu’elles inscrivent la personne dans une continuité. Ensuite parce qu’elles offrent des repères.

Lalignefranche : Je pense, V., que nous voyons tous le fond du problème à présent. T., ce que vous avez écrit là fait clairement comprendre la position des anti-MPT et adoption. Malheureusement, il manque de personnes qui, comme vous, savent profondément pourquoi elles s’opposent à ce projet de loi. Par là, j’entends les mouvements type Civitas et compagnie. Je ne peux qu’avoir de l’estime pour ce que vous venez de nous affirmer.

V. R. : Il n’est pourtant pas difficile de répondre à cet argument. L’adoption, dans tous les cas, crée un pseudo lien de généalogie, de filiation. En effet, si une famille hétérosexuelle adopte un enfant, cet enfant n’est pas issu des deux individus auxquels il appartient au sein de leur arbre généalogique. On peut aussi dire ici, que l’on ment à l’enfant, car il n’est pas issu de ses parents. Il y a donc une reconstitution, ou plutôt création d’une filiation adoptive entre deux personnes et un enfant. L’enfant n’est donc lié à ces personnes par une filiation biologique, mais par une filiation adoptive, qui a pour but de donner (civilement) un héritier au couple.

Dans ce même cas, si une famille homoparentale, adopte un enfant, le lien de filiation sera un lien de filiation adoptive, et non pas un lien de filiation biologique. Que ce soit par une famille hétéro ou homo, la filiation adoptive ne retranscrit en rien la réelle origine de l’enfant, l’adoption coupe les liens biologiques qui peuvent être utilisés dans la construction d’arbre généalogique. Ensuite, vous comprendrez parfaitement, que si, par devoir de responsabilité et d’honnêteté, une famille homoparentale informe l’enfant qu’il a été adopté et que deux personnes de même sexe ne peuvent procréer, aucun mensonge n’est véhiculé. Et comme nous prenons le cas que l’homoparentalité et l’hétéroparentalité sont égales pour l’éducation, rien n’empêche d’établir une filiation adoptive entre un enfant et une famille homoparentale ou hétéroparentale.

Il va de soi que la discussion ne s’est pas arrêtée ici. Elle a même continué toute la soirée. Rien d’étonnant, à propos d’un sujet si polémique ! Libre à vous, à présent, de forger votre opinion sur le sujet…

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