La Vieille France est-elle ringarde ?


Vous l’aurez compris, ce sont nos traditions qui sont en question ici, notre culture, nos valeurs fortes. J’en viens à me poser cette question aujourd’hui avec un brin de désespoir : en effet, si nous pouvons appeler traditions nos traditions, c’est bien parce qu’elles ont perduré jusqu’ici. Elles ont traversé les siècles depuis la création d’une identité nationale forte, presque tangible. L’intemporalité, voilà ce qui les caractériserait donc le plus justement. Et pourtant, elles n’ont jamais été autant remises en cause que depuis vingt ans. On les accuse de tous les maux, et avec tous les mots, possibles : dépassées, old-school, ringardes, moyenâgeuses, arriérées, pestiférées… A tel point qu’aujourd’hui, elles tiennent la place peu convoitée de bouc émissaire de notre charmante société, place qu’ont occupée avant les monothéismes et les financiers –laissez-moi réfléchir : en fait, non, c’est encore le cas. Peu flatteur, n’est-ce pas ? Tout ça pour une pointe de galanterie et une petite dose de moralité. Affligeant.

Cette croisade contre la Vieille France a, de mon point de vue, commencé par les grandes prétentions féministes des années quatre-vingt. Attention, bien sûr, ces revendications étaient justes et justifiées. Mais ce qu’elles impliquent est hautement discutable.

C'est-y pas beau, ça ?

C’est-y pas beau, ça ?

Quoi, pourquoi devrait-on sacrifier la galanterie sur l’autel du féminisme ? Là où nos défenseurs ont péché, c’est en confondant différence et inégalité : très honnêtement, est-ce une preuve de misogynie que d’ouvrir la porte aux dames ? Non, au contraire ; c’est une tradition qui entre dans une dynamique de valorisation, de protection de la gent féminine. Alors, je ne vois pas où est le problème. D’aucuns geindront : « Les femmes n’ont pas besoin d’être protégées ! » Réveillez-vous, mesdames –pas mesdemoiselles, non, on n’a plus le droit de le dire, quel scandale… Réveillez-vous ! Vous passez le plus clair de votre temps à chercher comment attirer les regards, vous vous plaignez que personne ne s’occupe de vous, et vous appelez au soulèvement populaire dès qu’un gentil monsieur tire la chevillette pour vous ? C’est abuser un tantinet. Et je n’évoquerai même pas l’affaire de mademoiselle. Au nom de l’égalité, disent-ils. Mais en ce moment, on en fait, des bêtises au nom de l’égalité.

Il serait beaucoup trop long est surtout bien ennuyeux de détailler ainsi toutes les coutumes sur lesquelles on sonne la chasse. Pourtant, on pourrait procéder de même avec le reste d’entre elles. Pour l’instant, je voudrais attirer votre attention sur un point autrement plus gênant. A vrai dire, ce constat m’arrive en pleine face, chaque fois que je mène une conversation « publique » (j’entends par là une discussion libre, à laquelle n’importe qui peut se joindre). Je vous le livre tel quel : il est tout bonnement impossible de défendre de vieilles valeurs sans se faire lyncher par quelqu’un. Parmi celles-ci, c’est sans doute la droiture qui est le plus vivement critiquée. Et je trouve inacceptable d’avoir à se justifier sur le semblant de moralité que l’on tente de conserver. Déjà, c’est un choix qui est et doit rester propre à chacun. Ensuite, force est de constater que les valeurs que l’on tente d’imposer aujourd’hui au sein de la société sont plutôt stériles : allez changer le monde avec votre cool attitude ! Je vous rejoindrai si vous parvenez à dépasser le stade de la révolution artistique, et encore…

Pour finir, j’ajouterai que, même si elles peuvent paraître désuètes, ces vieilles pratiques qui sont attaquées étaient de leur temps le ciment de la société ; et, malgré tout, elles le sont encore. Parce qu’à l’école, c’est encore Madame de Lafayette qu’on fait lire aux élèves, pas du Beigbeder. Ça se saurait, heureusement. Alors, haro sur le folklore gaulois, mais pas trop ! Un peu de respect pour les anciens.

Publicités

8 Commentaires

Classé dans Questions existentielles

8 réponses à “La Vieille France est-elle ringarde ?

  1. Changer le monde ? Voilà qui me plaît !
    « Je trouve inacceptable d’avoir à se justifier sur le semblant de moralité que l’on tente de conserver. Déjà, c’est un choix qui est et doit rester propre à chacun. » Je n’en suis pas si sûr, de cela. C’est le principe même d’une société que d’imposer à tous un certain nombre de principes, sous peine de n’être plus que la superposition d’un certain nombre d’individus…

    Bravo pour ce joli texte 🙂

    • Merci. Vous le savez, c’était le cri du cœur !

      Certainement, elle impose des principes, mais ne trouvez-vous pas au contraire que la société, aujourd’hui, récompense les attitudes horriblement conformistes par la fausse rébellion contre les valeurs traditionnelles qu’elles transmettent ? La pression sociale va à l’encontre des normes classiques… C’est du moins mon constat.

      Changer le monde, je ne sais pas si c’est une si bonne idée que ça, au fond. Parce qu’on ne peut ni détruire, ni revenir sur ce que les hommes ont fait depuis des milliers d’années. Et, là, je le crie haut et fort (si, si !), j’ai la conviction profonde que ce n’est pas par la rébellion, par l’opposition déclarée -défier les lois, l’autorité, par exemple, que l’on pourra réellement faire évoluer notre société. J’aurais peur d’en écrire trop maintenant, car il y aurait vraiment matière à un article bien senti. 😉

  2. Ha ! J’hésite, j’hésite… Allez, rien que pour le plaisir de l’assaillir de commentaires, ce malheureux !
    Quoique… Vous l’avez connu, ou vous le connaissez encore ? Parce que si vous l’avez connu, logiquement vous avez toujours connaissance de son existence, j’en vois la preuve par votre lien vers son site. Donc vous le connaissez toujours, n’est-ce pas ? (Ce serait rassurant pour votre santé mentale !)

  3. Je pense qu’il faudrait faire une plus profonde distinction parmi les traditions. Certaines sont désuètes par leur motif premier, comme par exemple la femme au foyer, qui n’avait aucune vocation bien veillante et servait à distinguer homme et femme dans leur rôle familiale et professionnel. Mais d’autres traditions, comme la galanterie, qui à mon goût doit être conservée, sont une valorisation gratuite de la personne et la démonstration d’un respect. Ainsi, comme pour tout, on ne peut pas faire de généralités sur les traditions. Si elles ne sont pas en adéquations avec le respect et les idées actuelles, oublions-les!
    Sur le thème du changement du monde, je ne pense même pas qu’il y ait discussion, de générations en générations les idéaux changent, il n’y a pas besoin d’une réelle action pour le changement. Après notre devoir est d’orienter ce changement vers ce que l’on pense comme étant bon et favorable à tous.

    • Absolument. Pour ma part, j’estime qu’une tradition n’est pas jugeable dès lors qu’elle est inscrite dans une culture, une société, une époque particulière. Les oublier, non, car elles sont toujours prégnantes, et l’on s’en souvient toujours par la mémoire et l’Histoire.
      Mais, pour ce qui est d’orienter notre action vers ce qui est bon, je vous suis complètement.

  4. Deux choses :
    – son blog est fermé : on peut lire, mais on ne peut plus commenter ;
    – je ne l’ai pas perdu de vue. Il est prêtre, maintenant, et je vois sa tronche chaque matin quand je me réveille et que je passe devant mon miroir dans ma salle de bain pour aller prendre ma douche. À cette heure-là, il a vraiment une sale tronche, et je l’invective parfois copieusement. Après la douche, je lui demande pardon, parce que je l’ai reconnu : c’est bien moi.
    (Rassurée ? 😀 )

Poster ma réaction

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s