Un argumentaire pro-mariage pour tous réfléchi, pour une fois


Cet article est écrit par un militant engagé, ici, la seule idéologie politique présente est celle de l’égalité totale, par rapport aux lois déjà existantes dans la société française. Les paroles ne sont donc pas celles de lalignefranche, mais les miennes [c’est-à-dire celles d’un contributeur extérieur, NLDR]. Si cet article suscite toute réaction, je veux l’entendre et le comprendre, autant que j’espère que vous entendrez et comprendrez mes arguments.

Depuis maintenant quelques mois, la France se soulève et se sépare en deux camps : les pro et anti-mariage pour tous. Étrangement, ce projet de loi a été clairement énoncé par notre président François Hollande lors de sa campagne électorale, et il a été élu ! Alors qu’aujourd’hui, certains s’estimant représenter la majorité du peuple français, s’opposent clairement à ce projet de loi, on pourrait croire que les Français et la politique ont subi une scission brutale, et qu’ils préfèrent voter pour la personne (ou contre une personne) au lieu de voter pour des idées et même des idéaux.

En bref, je vais me positionner clairement dans cet article, comme étant pour le mariage pour tous. Certainement mes idées et mes arguments suivent une logique totalement égalitaire, vis-à-vis de l’ensemble de la population française. Je m’attacherai donc  à répondre à chaque argument employé par les « anti » pour démontrer mon point de vue, profondément fondé sur les principes de la République française, ainsi que sur sa juridiction. Car soyons honnêtes avec nous-mêmes, le chemin que suit notre gouvernement se doit de respecter sa devise « Liberté, Egalité, Fraternité ». De plus la justice française a elle-même fait un pas en avant vers l’égalité des droits pour les homosexuels. Ce pas en avant me semble essentiel, car nous l’oublions mais les personnes homosexuelles ont bel et bien été stigmatisées durant nos deux derniers millénaires. Il n’y a que 30 ans l’homosexualité a été dépénalisée en France, et il y a 20 ans l’homosexualité a cessé d’être considérée par l’OMS comme étant une maladie mentale, ce retard de tolérance me choque personnellement, oui comment peut-on condamner un amour entre deux citoyens ou citoyennes ? On remarque encore aujourd’hui, que les jeunes homosexuels ne sont pas encore totalement acceptés au sein de notre société, car le taux de suicide des jeunes homosexuels, est malheureusement dix fois plus important que chez les « déclarés » hétérosexuels.  La loi française a continué la marche vers l’égalité pour tous en permettant aux couples, qu’ils soient homosexuels ou hétérosexuels, d’avoir accès à un contrat civil, le PACS. Mais ce contrat civil n’a point d’efficience sur l’enfant que pourrait élever un couple pacsé. Oui, enfin j’aborde le sujet qui fait mal, l’enfant.

Sachez, que le code civil a mis en pratique une loi permettant à toute personne célibataire de plus de 28 ans, de pouvoir adopter seule un enfant, cette loi réside dans l’article 343-1 du Code Civil, et il est spécifié, que cet article a pour but de ne pas créer de discrimination entre les personnes homosexuelles et les hétérosexuelles pour les droits familiaux. La France marche, lentement mais sûrement.

On ne doit pas toucher au Code Civil

Voilà l’un des arguments des anti-mariage pour tous. Je dirai que cet argument est très difficilement défendable, tout d’abord car le Code Civil a connu 112 rééditions, et de plus, depuis le dernier siècle, il y a eu plus de 6 modifications du Code Civil dans le domaine familial. Ce Code Civil, si chèrement protégé par certains, se doit de changer, en étant en accord avec la société actuelle. Il me paraît absurde de vouloir garder intact ce code de siècles en siècles, ce n’est ni un livre saint, ni une œuvre d’un grand écrivain, mais des lois fondées sur des bases idéologiques visant à accompagner la société changeante, au fil des temps. Car oui, chères lectrices, si certains et certaines n’avaient pas usé leur voix, vous n’auriez pas le droit de vote, et n’auriez point de droit sur votre famille, si les lois n’avaient pas été modifiées durant le dernier siècle.

De plus, certains disent que par cette loi, les noms de père et mère seront remplacés par « parent 1 » et « parent 2 », ce qui est totalement faux. Les lois régissant le mariage des hétérosexuels ne serait en rien altéré, il y aurait seulement un ajout permettant le mariage de couples homosexuels, ainsi la nomination pour les couples homosexuels serait par exemple « mère du nom de… ».

Un enfant ne peut être élevé que par un père et une mère

Ici, cet argument tient déjà mieux la route que le précédent. Tout d’abord, OUI deux personnes de même sexe ne peuvent procréer un enfant, c’est totalement vrai et rien ne pourra le changer. Oui, ils ne peuvent pas procréer, mais ici il doit y avoir distinction entre géniteur, et parent. En effet, le géniteur d’un enfant, n’est pas obligatoirement son parent, tout simplement nous pouvons prendre l’exemple des enfants adoptés qui seront élevés par deux personnes, qui ne sont pas ses géniteurs, mais qui seront ses parents. Ensuite, certaines personnes clament que ce serait un mensonge que d’élever un enfant dans une famille homoparentale, vis-à-vis de l’enfant en lui faisant croire que deux personnes de même sexe peuvent avoir un enfant. Eh bien, que dire à part que cela paraît totalement peu réfléchi. Deux pères diront à leur enfant, que non, il n’a pas été créé par leur soin, et qu’ils n’en sont pas capable, mais qu’ils l’ont élevé avec toute leur force et leur courage pour qu’il demeure aimé. Mais n’oublions pas, que ce schéma se retrouve dans beaucoup d’autres familles, par exemple, si l’homme d’un couple est stérile, la femme devra faire appel à un don de sperme, donc le géniteur ne sera pas le père (idem pour la famille homoparentale). Dans ce cas présent, il y aurait mensonge si le père affirmait sa paternité, or il en va du devoir de vérité de dire ce qu’il en est, un enfant n’est donc pas forcément élevé par ses géniteurs. Or, ici le père stérile jouira des droits paternels, sans être le géniteur, contrairement à l’un des parents dans le couple homosexuel. Inégalité juridique ? Oui.

Ensuite, l’enfant, selon certains, doit être élevé par un homme et une femme, au quel cas, de graves séquelles pourraient apparaître chez l’enfant. N’oublions-nous pas le schéma des familles monoparentales ? Ou encore la loi permettant à un(e) célibataire d’adopter un enfant ? Si bien sûr, jusqu’au cas contraire, un enfant élevé par un seul type de sexe ne souffrira pas systématiquement, comme le prétendent certains. D’autres diront que si ! un enfant élevé par un seul parent sera totalement déséquilibré, or ici beaucoup de paramètres sont oubliés. Les cas où les enfants de famille monoparentales, sont désorientés, vient dans la majorité absolue des cas, qu’ils demeurent dans une famille défavorisée. De plus le fait du déséquilibre est bien sûr accentué par la difficulté de l’unique parent, à subvenir aux besoins de son enfant. En effet, le parent devra fournir un travail énorme pour pouvoir payer à son enfant, ses repas, ses vêtements, ses études. Or les familles aisées ne sont pas dans ce cas là, et constituent un exemple structural, d’une éducation donnée par un seul sexe. Si des persistants n’approuvent toujours pas, eh bien je leur propose de lutter contre les familles monoparentales, puisqu’un enfant doit être élevé par un père et une mère (absurde).

Des militants prônent le droit d’avoir un père et une mère, ok. Et qu’en est-il du droit d’avoir deux pères ou deux mères ? En mettant de côté cet aspect totalement illogique du droit à papa et maman, je voudrais mettre en avant, que malheureusement l’enfant adopté, ou l’enfant tout court ne choisit pas ses parents, personnellement (je le pense profondément), si j’avais eu le choix entre avoir mes parents ou bien deux pères ou deux mères, j’aurais certainement choisi l’homoparentalité. L’enfant n’a pas de droit sur sa famille, cela est on ne peut plus logique.

Si l’enfant d’une famille homoparentale subit un quelconque malaise, il serait intéressant de se remettre en question, et de se demander s’il ne subit pas une discrimination de la société, comme l’ont sûrement connue ses parents.

Une filiation fiction

Comme déjà démontré précédemment, la loi met en pratique le fait que les parents juridiques ne sont pas forcément les géniteurs (cas de la PMA ou de l’adoption). Donc selon certains, cette filiation fiction existe déjà, mais n’a pas été réprimée (devinez pourquoi). Ensuite, les couples hétérosexuels n’ont pas besoin de se marier pour avoir accès à la filiation, bizarre…. Ici réside donc une inégalité importante. Pour répondre au problème de la filiation, il faudra se placer dans différents schémas juridiques pour comprendre qu’il est logique d’ouvrir la filiation aux homosexuels.

Comme vous le savez sûrement, en France, environ 40 000 enfants (fourchette haute) sont élevés dans des familles homoparentales. Une discrimination et une précarité judiciaire oppresse ces enfants, oui, un seul de leur parent est légalement reconnu, l’autre n’est pas considéré comme tel, même s’il a été autant présent que le parent légal. Que faisons-nous du cas du décès d’un parent ? Dans le cas de la famille hétéroparentale, l’enfant sera systématiquement remis entre les mains de l’autre parent. Il n’en est pas ainsi pour la famille homoparentale, pour que le décès du parent légal n’entraîne pas une sombre virée dans las abysses de la juridiction pour savoir à qui confier l’enfant, il faudrait que le père légal face un testament pour « léguer » son enfant au parent non légal. Cela demeure encore comme étant une inégalité flagrante, les homosexuels doivent formuler un testament contrairement aux hétérosexuels (en sachant que tout le monde n’a pas hâte d’écrire son testament à ses 30 ans). Ensuite, un problème de grande ampleur, que nous omettons trop souvent, dans le cas de l’acte chirurgical, le représentant légal doit signer une autorisation pour que son enfant soit opéré, or si le parent légal est absent, l’autre parent sera impuissant et ne peut signer cette autorisation, cette information me vient d’un docteur urgentiste d’un hôpital nantais.

La filiation est donc nécessaire pour les familles homoparentales qui existent et existeront, car son absence crée une précarité juridique non compréhensible à l’égard des parents et de l’enfant.

La PMA

Dans une logique de justice non discriminatoire, il en va de garantir à tous couples, malgré son orientation sexuelle ou une stérilité du conjoint, d’avoir accès à la PMA garantie aux hétérosexuels. Ici seraient soulevés les problèmes similaires à l’adoption par un couple homosexuel, déjà traité précédemment.

La majorité est contre

Il serait utile de rappeler que la population française compte plus de 60 millions de personnes, donc par la manifestation précédemment organisée 340 000 manifestants (chiffres officiels) ne représentent pas la majorité.

Certains demandent le referendum, bien que je le concède, j’utilise un argument juridique, le referendum peut être utilisé en cas de changement social, or le mariage pour tous est de l’ordre du sociétal, certes ces deux notions sont liées, mais sont différentes. Un référendum n’a donc pas lieu d’être utilisé.

Pour conclure :

En se basant sur une idéologie, ayant assimilé les principes juridiques de notre société actuelle, et prônant l’égalité des droits, il me paraît très dur d’être contre le mariage pour tous. Si vous vous basez sur vos émotions, vos ressentis, vous n’acheminez pas une pensée raisonnée et votre voix ne sera et ne pourra être écoutée que par vous, mais ne pourra être entendue par la justice et l’égalité. Et sachez que si vous vous opposez à l’éducation par deux parents de même sexe, vous vous opposez aux familles monoparentales, et si vous vous opposez à la filiation, vous vous opposez aussi à celle des familles hétérosexuelles adoptantes, comme démontré précédemment. Vous faut-il encore d’autres exemples pour élucider cette question ?

Et je finirai par un discours marquant de Christiane Taubira, Garde des Sceaux, et Ministre de la Justice :

« Puisque le mariage des homosexuels, n’enlève strictement rien aux hétérosexuels, posons les mots sur des sentiments et des comportements, et je maintiens que je pose des mots sur des sentiments et des comportements. Et je dis que oui, il reste hypocrite de faire semblant de ne pas voir ces familles homoparentales et ces milliers d’enfants qui sont exposés au regard social réprobateur. Vous nous parlez des effets psychologiques sur les enfants, mais les effets psychologiques ils sont d’abord sur le regard social ! Ils sont d’abord sur la discrimination ! Ils sont d’abord sur le rejet ! Ils sont d’abord sur le refus d’une citoyenneté ! Alors oui nous le refusons. Vous nous parlez de l’intime, pardon Monsieur le Ministre, sur l’intime nous nous faisons le devoir de réfréner nos sympathies, de réfréner nos aversions, parce que nous statuons en Droit. Et il s’agit ici, de Droit et de Liberté. »

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