De la sauvegarde de l’esprit en période de crise intellectuelle… ou petit traité à l’usage des victimes de l’actualité


Françaises, Français, de l’ombre ou de la lumière, d’en-haut ou d’en-bas, de la majorité criarde ou silencieuse, âgés ou jeunes, laids ou sublimes, citoyennes, citoyens, voici venue pour vous l’heure de vous faire entendre. Donnez de la voix aujourd’hui, affirmez votre différence maintenant car, je vous le dis, cette occasion ne se présentera pas deux fois.

Nous débattons sur des sujets jusqu’ici évités. Tous les codes sont remis en cause. Tous les tabous sont brisés. Pour vous qui, pendant tant d’années, avez vécu dans le secret, dans le déni, c’est le moment ou jamais : faites votre coming-out ! Avouez votre homosexualité à votre grand-père campagnard, dites à vos voisins que vous n’étiez pas Mathieu, mais Mathilde à la naissance ; vous ne surprendrez personne. Vous n’avez plus aucune raison de craindre une fracture familiale. Au contraire, vous lancerez un sujet de conversation vaste et original, qui ne manquera pas de mettre un peu d’ambiance dans les réunions de famille.

Car, voyez-vous, toute cette controverse aura au moins eu un effet notoire : à présent, plus personne ne craint d’associer les mots mariage et homosexuel, au contraire, c’est devenu un automatisme. Vous en doutez ? Faites votre sondage. Arrêtez vingt passants à la sortie d’une gare et faites-les jouer au « mot qui leur vient immédiatement à l’esprit ». Le résultat se passe de commentaires.

Oui, nous sommes totalement obnubilés, si ce n’est lobotomisés, par cette question du mariage pour tous. Au point que la majorité d’entre nous s’autorise l’absence de réflexion pertinente sur le sujet, et s’en remet à son instance d’identification partisane, qui se charge efficacement de transmettre des idées toutes faites. Et qui s’en trouve bien aise. C’est sûr, rien de tel qu’une question un peu épineuse pour ressouder l’opinion, d’un côté comme de l’autre. Mais où est passée votre intelligence individuelle ? Entre ceux qui voteront ce qu’on leur a gentiment demandé, et ceux qui braillent joyeusement des slogans dépourvus de sens dans les rues, conduits par des élites intellectuelles, des « personnalités » comme ils disent, on se demande où l’on va. Et, face à ce flot continu qui nous abreuve d’informations et d’anecdotes inutiles, on se doit de réagir.

Comment réfléchiriez-vous de concert, avec un état d’esprit aussi néandertalien ? Quand bien même vous y parviendriez, croyez-vous que l’une des deux parties convaincra l’autre ? Car c’est ce que vous cherchez à faire, et vous avez des idées bien arrêtées sur le sujet, ça oui ! Des idées fondées sur rien d’autre qu’une doctrine, qu’elle vous soit personnelle ou qu’elle vous ait été inculquée par quelque institution légitime à vos yeux. Je ne suis pas là pour vous dire quoi penser ; j’écris simplement pour vous dire de penser. Et c’est quand même un comble, car une question primordiale aux nombreux enjeux sociaux et moraux ne devrait susciter qu’une réflexion individuellement et rationnellement mesurée, une réponse propre aux convictions et aux valeurs de chacun. Non, au lieu de cela, nous nous laissons emporter par nos sentiments et nous faisons allégeance à l’opinion instruite par un quelconque référent moral. C’est sans doute là l’inconvénient majeur d’un sujet polémique.

Mais toute chose a ses avantages, y compris ce débat sans arguments, comme on l’a vu plus tôt : en effet, que l’on veuille l’admettre ou non, il aura habitué l’oreille française à entendre, et la bouche française à prononcer le mot homosexualité. Et, rien qu’en cela, c’est déjà un beau progrès.

Alors, avant de vous lancer dans une discussion de comptoir où, à coup sûr, la question du mariage gay surgira, considérez avec raison le fond de chaque argument, et sachez reconnaître sa valeur. Mais si vous souhaitez éviter un naufrage intellectuel semblable à ceci,

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si vous voulez faire taire toutes les polémiques ou encore passer un agréable moment avec Tatie Jacquotte, le meilleure solution reste encore de faire votre coming-out le temps d’un repas, comme ça, sans prévenir. Juste pour avoir la paix. Enfin.

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4 Commentaires

Classé dans Ça chauffe !, Critiques, Questions, coups de gueule et polémiques

4 réponses à “De la sauvegarde de l’esprit en période de crise intellectuelle… ou petit traité à l’usage des victimes de l’actualité

  1. Une seule petite question, cher auteur de ces lignes enflammées :
    quand vous parlez à « vous », à qui parlez-vous ? Dois-je – je me prends pour exemple, puisque je suis visiblement habilité à parler en mon nom seul 😉 – me sentir concerné par, par exemple, ceci :
    « Comment réfléchiriez-vous de concert, avec un état d’esprit aussi néandertalien ? Quand bien même vous y parviendriez, croyez-vous que l’une des deux parties convaincra l’autre ? Car c’est ce que vous cherchez à faire, et vous avez des idées bien arrêtées sur le sujet, ça oui ! Des idées fondées sur rien d’autre qu’une doctrine, qu’elle vous soit personnelle ou qu’elle vous ait été inculquée par quelque institution légitime à vos yeux. »

    Et j’en profite pour ajouter que, de même que le premier article de la loi entend être précis en énonçant sans sourciller que « le mariage est contracté par deux personnes de sexe différent ou de même sexe », ce qui revient à écrire que « Le mariage est contracté par deux personnes » (ceci démontrant au passage que l’on ne sait même plus utiliser la plus élémentaire logique, ce qui fait peur pour la suite), écrire : « une doctrine, qu’elle vous soit personnelle ou qu’elle vous ait été inculquée par quelque institution légitime à vos yeux » revient à écrire : « une doctrine », car je n’en connais point qui ne vienne de la personne elle-même ou (et souvent « et ») de quelque institution. D’où : qu’avez-vous contre la doctrine ? Peut-on simplement penser sans « doctrine » ? Qu’entendez-vous, d’ailleurs, par « doctrine » ?

    Il n’en reste pas moins que, sur le fond, je suis d’accord avec vous, et je souscris pleinement à votre appel à PENSER, réellement, profondément, personnellement.
    Merci !

    • Une doctrine est, par définition, un ensemble de principes ou d’opinions liés à un penseur, un mouvement. Qu’elle oriente la pensée des individus, soit. Mais pas au point de leur faire perdre tout recul sur ce qu’ils assimilent, et avec cela la cohérence dans les propos. En effet, comment argumenter sur une position qui vous a été donnée en l’ayant ingurgitée sans pour autant l’avoir digérée (pour parler comme Montaigne…). A mon sens, une doctrine doit rester une ligne de conduite, de pensée flexible ; elle donne simplement un sens -au sens d’orientation- à nos actes, de sorte que nous agirons toujours en cohérence avec nos valeurs. Sauf qu’aujourd’hui, peu d’entre nous font encore cette nuance, ce qui fait que la doctrine devient un dogme. Et c’est là le principal reproche que je lui adresse.

      De là, j’admets que penser sans doctrine est assez difficile. Mais ça reviendrait à juger le pour et le contre de chaque argument de chacune des deux parties, ce qui au fond n’est pas aberrant puisque c’est, en théorie, le modus operandi de l’individu rationnel. Et voilà la deuxième critique de la doctrine : elle ôte facilement la volonté et la capacité de jugement.

      Vous l’avez donc dit, j’appelle ici à « PENSER, réellement, profondément, personnellement ». Alors, devez-vous vous sentir concerné par mes propos ? A vous de me le dire… 😉

  2. Penser par sois-même… Ca me rappelle un certain texte de Kant ;).

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