Comment Sophie Marceau (sans Jude Law) ressuscite la vieille Russie


ImageAujourd’hui, Anna Karénine. Au départ, je voulais lire le roman de Tolstoï ; puis j’ai vu la taille du pavé, et je me suis dit qu’en être quitte de 750 pages pour deux heures, c’est rentable.  Je savais qu’il existe pas mal d’adaptations (7 !), et c’est la dernière en date que j’ai choisie : Keira Knightley, Jude Law (2012). Casting prometteur ! Mais par un procédé obscur de substitution de film, c’est en fait celle de 1997 avec Sophie Marceau que j’ai regardée. Sans ne m’apercevoir de rien. Enfin, si, j’avais bien vu que ce n’était pas Keira. Mais alors Jude Law, le néant.  Et je m’arrache les dents une à une du peu de culture people que j’ai.

Bref, oubliez cela et parlons un peu du film, puisque c’est le sujet !

Le premier mot qui me vient à l’esprit : superbe. J’ai adoré les décors, les costumes, l’atmosphère Russie fin XIXème, autant côté campagne que côté mondain. Vraiment, ça m’a fait penser à du Balzac. (Et c’est là qu’on étale sa culture sur les liens France-Russie à l’époque, les similitudes entre les deux sociétés, etc.)

Bon, par contre, l’intrigue est plate. Si c’est du suspense que vous recherchez, ce film n’est pas pour vous. Et pas seulement cette version, le principe « Anna Karénine » ne vous plaira pas. Après, je ne raconterai pas toutes les péripéties –évidemment, si vous voulez le voir… Tout ce que je peux vous dire, c’est que le spectateur averti devine quasiment toute l’intrigue dans les dix premières minutes. Allez, sauvons Tolstoï : c’est vrai, la fin est surprenante. Mais bon, ça ne change rien au fait qu’on ne regarde pas Anna Karénine pour l’action, mais pour l’analyse psychologique des personnages.

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Première rencontre entre Anna Karénine et le comte Vronsky, son futur amant

Là, pour le coup, on est servi. Et bien : la diversité des caractères des personnages permet une peinture de chacun d’entre eux d’autant plus complexe et juste. De mon point de vue, c’est Karénine, le mari d’Anna, qui est le plus intéressant : il voit sa femme (qu’il aime !) lui filer entre les doigts, lui balancer à la figure qu’elle l’abhorre, abandonner son enfant et s’enfuir avec son amant, tout ça sans réagir. Eh quoi ? Monsieur, si vous l’aimez, faudrait se réveiller ! Est-ce qu’il est totalement passif ou est-ce qu’il préfère le bonheur de son épouse au sien ? Je dirais, aucun des deux. Enfin, si, il est passif ; mais c’est la défense qu’il a choisi, et ça marche : quand Anna vient pour divorcer et récupérer son enfant, il la contre en ne prenant aucune décision. C’est un bon homme d’affaires. Mais il a un défaut : il se penche d’abord sur la bonté de ses pairs, et semble en cela incroyablement naïf. Et c’est la grenouille de bénitier qui lui sert de gouvernante qui va lui ouvrir les yeux.

Parlons-en, justement ! Alors là, niveau bigot, on ne trouve pas pire. Aucune faculté de jugement individuelle, elle s’en remet à Dieu pour un oui ou pour un non. D’ailleurs, elle nous envoie une de ces tirades sur le « Lui seul peut nous guider » qui me laisse perplexe, surtout au plus mauvais moment : Alexis, ta femme est partie, prie le Seigneur ! ImageSans s’attarder là-dessus plus longtemps, ce film est tout de même anti-bigot… Mais pas amoral pour autant, non. On trouve de réelles valeurs qui motivent les actes des personnages, au point de créer une pression sociale hallucinante. C’est d’ailleurs cette pression qui conduira Anna à s… Non, j’ai dit non, je ne raconte pas ! On a tout de même Anna qui finit droguée à l’opium –ou alcoolique à la vodka, les images prêtaient à confusion.

Au fait, ils boivent vraiment beaucoup. Et quand je dis vraiment, c’est vraiment. Et pas de la menthe à l’eau, non, non, de la bonne vodka. Un des personnages est alcoolique, aussi. (Saviez-vous qu’en Russie,  un décès sur trois est dû à la boisson ?) L’abus d’alcool est dangereux pour la santé, les enfants, à consommer avec modération, profitons-en pour le rappeler.

Enfin, et j’ai bientôt fini, le deuxième couple phare de l’intrigue : la princesse Kitty et cet homme au nom imprononçable et impossible à retenir. C’est le narrateur, appelons-le ainsi. Un vrai beau couple comme on les aime, avec un brin de folie, de la romance, du mignon… Devant tout ce bonheur qui dénote, j’avoue, j’ai fondu. Eh oui, c’est mon côté marshmallow. D’accord, leur histoire n’a aucun rapport avec celle des Karénine, mais elle vaut le coup. Et je ne vous en dis rien, je préfère vous laisser savourer par vous-mêmes.

Alors, faut-il recommander Anna Karénine ? Oui, sans l’ombre d’un doute : c’est une belle occasion de découvrir un chef-d’œuvre de la littérature slave, un bon moment en perspective et un plaisir pour les oreilles, avec mention spéciale pour la bande originale, composée presque exclusivement de classique russe, Tchaïkovski à l’honneur, bien sûr ! Un régal auditif qui plaira aux amateurs comme aux incultes en la matière.

Bien, à présent, rendez-vous sur les plateformes de téléchargement légal, à la médiathèque ou chez le loueur pour une bonne soirée… Et moi, une fois n’est pas coutume, devant un magazine people.

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Non, ce n’est pas Jude Law, c’est Sean Bean. J’assume.

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